63% des Français ignorent comment constituer leur épargne-retraite

L’INSEE a publié en mars 2023 un constat qui mérite qu’on s’y arrête : 63% des Français n’ont aucun projet d’épargne structuré pour leur retraite. Six personnes sur dix arrivent à l’âge pivot sans stratégie de constitution de patrimoine. Ce chiffre ne traduit pas une indifférence au sujet, mais souvent une méconnaissance des mécanismes disponibles.
Les actifs refuges constituent une réponse concrète à cette lacune. L’or, l’immobilier locatif et les obligations d’État classées AAA partagent une caractéristique commune : ils résistent mieux que les placements spéculatifs aux périodes de dépréciation monétaire et de crise économique. Où un portefeuille d’actions peut perdre 30% en quelques semaines, une position immobilière ou en métal précieux se déprécie rarement à ce rythme.
La fenêtre stratégique pour agir se situe entre 40 et 60 ans. Avant 40 ans, les actifs de croissance – actions, obligations à haut rendement – apportent une dynamique intéressante. Après 60 ans, basculer vers des placements stables protège le capital accumulé. Entre les deux, une allocation progressive vers les actifs refuges permet de réduire l’exposition au risque sans sacrifier le rendement.
Mais le problème réel, c’est l’inaction. Les Français épargnent – le taux d’épargne des ménages dépasse régulièrement 15% du revenu disponible – mais cette épargne reste majoritairement sur des livrets ou des comptes courants, faiblement rémunérés et exposés à l’érosion inflationniste. Construire une stratégie retraite autour d’actifs refuges ne requiert pas un capital énorme. Quelques milliers d’euros suffisent pour initier une position en or ou en obligations.
L’or suscite un intérêt croissant auprès des épargnants français
En janvier 2023, le fonds d’investissement BlackRock a enregistré une augmentation de 15% de l’intérêt des Français pour l’or en tant qu’actif refuge. Ce chiffre reflète une prise de conscience progressive : dans un contexte inflationniste, le métal précieux fonctionne comme une assurance contre la dévaluation monétaire.
Trois formes d’investissement existent :
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- Lingots et barres – achat au poids, stockage physique nécessaire en coffre bancaire ou privé. Le point d’entrée coûte quelques centaines d’euros pour les petits formats. Sur longue période, le rendement moyen annuel avoisine 2,8%.
- Pièces numismatiques – elles possèdent une valeur double : celle du métal et celle de la collection. La pièce Napoléon, 20 francs or, reste une référence culturelle française accessible. Leur liquidité reste correcte mais varie selon la rareté.
- ETF aurifères – gestion simplifiée via un compte-titres ordinaire. Aucune contrainte de stockage physique. Adapté aux profils qui souhaitent une exposition à l’or sans manipulation de métal réel.
Le prix de l’or fluctue quotidiennement selon les tensions géopolitiques, les taux directeurs et la valeur du dollar. Sur vingt ans pourtant, la trajectoire reste orientée à la hausse. Et c’est précisément cet horizon long qui intéresse le futur retraité.
La plupart des approches patrimoniales conservatrices recommandent une allocation entre 5 et 15% du portefeuille retraite selon le profil de risque. Un épargnant de 50 ans avec 150000€ de capital peut raisonnablement consacrer 15000€ à 22000€ à des positions en or, réparties entre physique et ETF.
Tableau comparatif : 4 actifs refuges face à l’inflation

Pour faciliter la comparaison entre les grandes classes d’actifs défensifs, voici leurs caractéristiques principales selon les données disponibles :
| Actif refuge | Rendement annuel moyen | Liquidité | Coût d’accès |
|---|---|---|---|
| Or physique | +2,8% | Moyenne | 100€ à 500€ minimum |
| Immobilier locatif | +4,5% | Faible | Hausse de 12% constatée (SeLoger, fév. 2023) |
| Obligations d’État (AAA) | +3,2% | Très haute | 500€ minimum |
| Livret A réglementé | +3,0% | Immédiate | Aucun frais |
Le Livret A offre la meilleure liquidité mais son rendement réel – une fois l’inflation déduite – peut devenir négatif sur certaines périodes. Les obligations d’État notées AAA constituent un compromis solide : rendement stable, liquidité correcte, risque faible.
L’immobilier locatif offre une protection tangible malgré les risques
Le marché de l’immobilier locatif a enregistré une hausse de 12% en février 2023 selon SeLoger. Cette progression traduit une tension persistante entre l’offre contrainte et une demande locative soutenue dans les grandes agglomérations et les villes universitaires.
Investir en location longue durée sur un horizon de 8 à 10 ans minimum génère deux sources de revenu distinctes : les loyers mensuels, qui couvrent tout ou partie des charges et du crédit et la plus-value immobilière à la revente. C’est cette double mécanique qui explique l’attrait durable de la pierre pour les stratégies patrimoniales retraite.
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Mais l’immobilier locatif comporte des risques concrets qu’il faut intégrer avant d’investir :
- Vacance locative – un logement vide pendant deux ou trois mois par an représente une perte significative sur le rendement brut.
- Frais de gestion – confier la gestion à une agence coûte entre 8 et 12% des loyers perçus.
- Impayés – même avec une assurance loyers impayés, le délai de traitement d’un contentieux peut s’étendre sur plusieurs mois.
La diversification géographique réduit ces risques. Répartir le patrimoine immobilier sur deux ou trois marchés distincts – une ville moyenne dynamique, une zone touristique en bord de mer, une grande métropole – atténue l’impact d’un retournement local. Et pour les profils qui approchent la retraite, les immeubles de rapport, c’est-à-dire plusieurs lots dans un même bâtiment, offrent une gestion plus rationnelle que plusieurs biens dispersés.
Foire aux questions : vos doutes sur les actifs refuges enfin clarifiés
À quel âge commencer à accumuler des actifs refuges ?
Idéalement dès 40 à 45 ans, pour bénéficier d’une accumulation progressive sur quinze à vingt ans. Avant cet âge, les actifs de croissance – actions diversifiées, obligations à rendement plus élevé – offrent un meilleur potentiel. Après 60 ans, basculer progressivement vers 70 à 80% d’actifs refuges protège le capital des aléas de marché à court terme.
Peut-on acheter de l’or avec un PEA (Plan d’Épargne en Actions)?
Non directement. Le PEA est réservé aux actions et obligations de sociétés européennes. Pour s’exposer à l’or dans un cadre fiscal avantageux, il faut passer par un compte-titres ordinaire avec des ETF aurifères éligibles. Le PEA reste pertinent pour la partie actions de votre portefeuille, mais pas pour les actifs refuges métalliques.
L’immobilier est-il vraiment un refuge en cas de crise économique ?
Oui, dans une certaine mesure. Mais sa faible liquidité – comptez deux à six mois pour vendre un bien dans des conditions correctes – en fait un actif difficile à mobiliser rapidement. L’immobilier seul ne constitue pas une protection suffisante. Combiné à de l’or et des obligations d’État, il forme un triptyque plus résilient face aux cycles économiques.
Construire un portefeuille équilibré : la règle des trois piliers
Cette structure à trois piliers réduit l’exposition aux krachs sectoriels. Si le marché immobilier se contracte, les obligations et l’or amortissent la perte globale. Si l’or chute, les loyers continuent d’entrer. C’est la complémentarité qui fait la solidité, pas chaque actif pris isolément.
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Un exemple chiffré concret : pour un capital de 200000€, la répartition donne 100000€ en immobilier locatif, 60000€ en obligations d’État et 40000€ en or, physique et ETF. Cette allocation n’est pas gravée dans le marbre. Elle se révise tous les dix-huit à vingt-quatre mois selon le contexte inflationniste, les taux directeurs de la BCE et l’évolution du marché locatif local.
Mais cette architecture n’est pertinente que si elle s’inscrit dans une durée. Un épargnant qui entre dans cette stratégie à 50 ans dispose encore de quinze à vingt ans avant la liquidation progressive du patrimoine. C’est suffisant pour encaisser des corrections de marché et sortir en positif.
Notre conviction : ignorer les actifs refuges est devenu une erreur que l’on paye cher
Avec 63% des Français sans plan retraite structuré et une inflation qui érode le pouvoir d’achat de l’épargne dormante, rester uniquement sur des livrets à 3% revient à perdre du terrain en croyant rester à l’arrêt. Le rendement réel – après inflation – d’un Livret A peut être nul, voire négatif selon les années.
Les actifs refuges ne sont pas réservés aux grandes fortunes. Une première position immobilière en province avec un crédit sur vingt ans, quelques milliers d’euros en or physique ou en ETF aurifère, quelques obligations d’État achetées via un compte-titres : c’est accessible à un ménage de classe moyenne avec un effort d’épargne régulier. Des analyses de Le Monde Economie et de Les Echos confirment régulièrement cette tendance de fond chez les épargnants français.
Ce qui est réellement hors de portée, c’est l’immobilisme. Chaque année sans stratégie est une année de capitalisation perdue. Et contrairement à d’autres décisions patrimoniales, les actifs refuges ne demandent pas une expertise financière pointue. Ils demandent de la méthode, de la patience et une révision annuelle du cap.
Mais – nuance importante – aucun actif n’est sans risque. L’immobilier peut se déprécier localement, l’or peut stagner sur cinq ans, les obligations peuvent être affectées par une remontée des taux. La diversification reste la seule protection réelle contre ces aléas. Et la diversification, ça s’anticipe. Pas ça s’improvise à 65 ans.
Cet article fait partie de notre dossier complet : Investir pour construire son patrimoine : guide pratique.
